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Onatis
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Les Argonautes

le Lun 22 Fév 2016, 07:01
Trois coups sur la porte du bureau du capitaine.
"Monsieur Onatis ?"
"Nai entrez, qu'y à t-il ?"
Le lieutenant qui venait de pénétrer dans le bureau du seul maitre à bord était visiblement nerveux. La chaleur n'était qu'en partie responsable de la sueur qui imbibait le visage et le col du jeune homme. Celui ci toussota pour se donner une contenance avant de poursuivre.
"Les italiens sont devant la coupée, monsieur Onatis, dois je les faire monter ?"
Pavlos Onatis releva la tete de la paperasse dans laquelle il était immergé.
"Nai monsieur Persodopoulos, faites les monter à bord. Je les recevrai dans mon carré personnel."
"A vos ordres monsieur Onatis". Le lieutenant salua nerveusement son capitaine et se retira rapidement.

Quand Pavlos Onatis arriva dans son carré, tout le monde s'y trouvait déja. Les italiens avaient envoyés un capitaine di vascello, le Contrammiraglio Poseto ne voulait pas avoir à faire avec les hommes de l'engeance du capitaine Pavlos Onatis. Le capitano di vascello Miromonte ne semblait pas du tout heureux de se trouver dans ce carré en compagnie de ces brigands grecs, afin de se donner de l'importance, l'italien s'était fait accompagner par deux jeunes Sottotenente di Vascello qui avaient encore du lait qui leur coulait des narines.
Miromonte avait compris en entrant dans ce carré que beaucoup n'en étaient pas ressortis, il se savait protégé par son grade et leur présence dans un port Italien, mais il imaginait que bien des gens n'avaient pas eu cette chance.
Onatis entra dans le carré lentement et s'assit sur son chesterfield et enleva sa casquette de la marine Grecque. Sans rien dire il dévisagea lentement le trio d'italiens, de plus en plus mal à l'aise, les deux sottotenente qui étaient restés debout évitaient de croiser le regard du maitre des lieux. Deux des officiers d'Onatis entrèrent sans faire de bruit et se placèrent debout à ses cotés. Le second d'Onatis, un géant chauve se pencha vers son capitaine et lui murmura rapidement quelque chose à l'oreille. Onatis se contenta d'acquiescer. Le deuxième officier d'Onatis était le lieutenant qui avait annoncé l'arrivée des Italiens. Ce fut Pavlos qui rompit un silence terriblement pesant et malsain.
"Bienvenue à bord, capitano di vascello, lieutenants."
Miromonte se contenta de hocher la tète, tentant de dissimuler son agacement et son malaise." Merci capitaine, votre navire est très bien tenu".
Onatis sourit en coin, mettant son interlocuteur plus à l'aise encore. Oui, son navire était impeccable, il le savait, il faisait régner une discipline de fer sur son navire. Le navire ressemblait à n'importe quel batiment appartenant à un armateur réputé, pas à un navire de traffiquants corsaires. Les punitions corporelles qui attendaient chaque homme manquant à son devoir étaient en grande partie responsable de l'état irréprochable du navire d'Onatis.
"Mais dites moi, monsieur Miromonte, mon second, monsieur Stavrianakis, me dit que nous n'attendons personne d'autre". Onatis parlait avec un ton faussement naif et un sourire non naturel, ses yeux trahissant le plaisir qu'il avait à mettre les trois italiens mal à l'aise.
"En effet, le Contrammiraglio Poseto ne pouvait pas venir finaliser notre... arrangement".
Pavlos Onatis croisa ses mains devant son visage et sourit. Le sourire d'Onatis aurait fait la fierté de n'importe quel tueur psychotique.
"Il ne pouvait pas, ou bien il ne voulait pas ?"
Pavlos nota que Miromonte faisait des efforts considérables pour se contenir. L'italien tira un peu sur son col avant de répondre.
"Le Contrammiraglio Poseto ne veut pas avoir à faire avec des gens de votre sorte, Onatis".
Miromonte désigna les trois officiers grecs du menton avant de poursuivre.
"Moi non plus, mais j'obéis aux ordres. Meme s'ils me plaisent pas."
Pavlos Onatis rit franchement, Stavrianakis et Persodopoulos restaient immobiles comme des statues de sel derrière lui.
"Des gens de notre sorte ? nous sommes des hommes de mer, des officiers de marine. Tout comme vous, monsieur Miromonte."
Cette fois ci, la contenance de l'italien disparut et il se leva de son fauteuil avant d'aboyer avec une colère teintée de peur.
"Vous etes des pirates, voilà ce que vous etes. Nous savons ce que vous faisiez dans le pacifique, dans l'océan indien, traffic humain en Afrique et en Asie, traffic d'armes. Je ne comprends pas comment la Regia Marina a pu envisager des arrangements avec des bandits de votre sorte."
L'italien regarda longuement le capitaine grec et observa son physique. Onatis semblait avoir dépassé la cinquantaine, ses cheveux blancs étaient coupés courts, tous les hommes de l'équipage étaient rasés de frais et avaient les cheveux coupés à ras. L'équipage de Pavlos Onatis était soumis à une discipline plus féroce encore que celle en vigueur dans la marine impériale, Cet équipage brigands grecs auraient fait la fierté de n'importe quelle marine. Son visage ridé était particulièrement marqué par des pates d'oies qui encadraient des yeux d'un bleu polaire, chose rare pour un grec. Onatis avait un visage taillé à la serpe, et sous son uniforme un corps à la musculature fine et nerveuse. Il entretenait sa musculature avec une rigueur militaire à l'aide d'exercices physiques agonisants.
L'italien se leva, et jeta à Onatis toujours assit une chemise beige emplie de documents.
"Voici les termes de notre arrangement, je ne cautionne en aucun cas l'emploi de brigands de votre espèce. Vous etes sans aucun doute un capitaine très compétent, mais vos activités... je..."
Miromonte ne termina pas la phrase, il fit une moue dégoutée et leva une main en l'air.
Onatis ignora superbement le monologue de l'officier italien et compulsait les documents que lui avait balancé l'italien.
"Bien, quand commencons nous notre coopération ?"
L'italien se dirigeait vers la porte et s'arréta, flanqué par les deux sous lieutenants qui manifestement n'avaient qu'une seule envie, sortir d'ici au plus vite.
"Quand nous vous aurons assigné à une flottille, je ne sais pas ou nous allons trouver un officier de la marine royale qui vous acceptera. Nos capitaines sont des hommes d'honneur et de dignité."
"Et pourtant vous en arrivez à devoir recruter des gens de mon engeance comme vous dites"
L'italien ne répondit rien et il quitta le carré.
Onatis se leva et lui aussi quitta le carré encadré par Stavrianakis et Persodopoulos pour rejoindre la passerelle. Partout ou ils passaient, les membres d'équipage se collaient dos au mur, arrachaient leur bachi et se figeaient dans un garde à vous parfait. L'uniforme de l'équipage était celui de la marine grecque, seuls les insignes d'unités avaient été décousus.
La passerelle du Pytheas était parfaitement entretenue, une dizaine de matelots et deux officiers qui s'affairaient arretèrent brusquement leurs taches pour saluer leur Capitaine. Celui ci les intima de se mettre au repos, puis s'adressa avec un grand sourire débordant d'ironie à l'officier de quart qui portait des galons de lieutenants.
"Monsieur Kaklamanakis, veuillez faire hisser le pavillon italien."
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Re: Les Argonautes

le Mer 24 Fév 2016, 04:17
Athenes, 1968.

La cellule était petite, inconfortable et sombre. N'importe quel citoyen ordinaire aurait jugé inhumain d'y séjourner.
Le locataire actuel de ces lieux était tout sauf un citoyen ordinaire. D'ailleurs, son jugement n'était pas de ceux qui se déroulent devant des tribunaux ordinaires. L'homme était vieux, son visage était intensément ridé, ses cheveux blancs comme la neige contrastaient avec des yeux d'un bleu polaire pétillant de vie.
L'avocat, un jeune homme d'une trentaine d'année se tenait devant le vieil homme, visiblement nerveux et mal à l'aise par la simple présence de son client dans la pièce.
-"Bien, il nous faut commencer par le début."
Le vieil homme s'alluma une cigarette et se redressa sur la banquette en bois lui servant de lit.
-"Le début ? ca risque d'etre long maitre."
-"Je suis payé à l'heure, vous savez."
Le vieux ricana, et attendit que le secrétaire de son avocat prépare sa machine à écrire avant de commencer.
-"Je suis né en 1890, dans cette ville à Athènes, berceau de la civilisation, Je me nomme Pavlos Onatis. J'ai été beaucoup de choses dans ma vie, mais j'ai toujours été capitaine au long cours. Les seize premières années de ma vie étaient plutot ordinaires, je venais d'une famille aisée et je n'ai jamais manqué de rien. Nous avions meme des serviteurs à la maison je me rappelle. J'ai deux frères et une soeur, tous plus jeunes que moi et je ne les ai jamais vraiment connus."
Le dactylo tapait frénétiquement sur sa remington.
-"La marine ? hah, bien sur que j'ai toujours voulu etre marin, je suis grec. Mes ancétres on exploré le monde connu et sont allés plus loin que personne. Alors vous savez la marine... et Athénien en plus. A seize ans j'ai rejoint l'école navale du Pirée. j'en suis sorti quatre années plus tard avec un brevet de lieutenant au long cours. En 1914, j'avais vingt quatre ans. J'avais obtenu mon brevet de capitaine le jour méme ou le barbare s'est fait tuer."
-"Le barbare monsieur Onatis ?" demanda intrigué l'avocat.
-"L'héritier de la couronne Austro-hongroise. Les gens du rhin et des Danubes sont des barbares, les serbes aussi d'ailleurs. Nous grecs sommes le seul peuple civilisé sur cette terre, avec les italiens peut être. Ce jour là, nous savions très bien que les temps changeaient et que la guerre serait inévitable. Nous nous battions contre ces singes de turcs, c'est sans doute la que mes "crimes" ont commencés. Vous savez, nos ancêtres ont combattus les barbares de l'est depuis des millénaires. Enfin, oui c'est en nous battant contre eux que j'ai pour la première fois participé à des crimes de guerres. Mais bon je suppose que ce n'est pas l'état grec qui va m'en vouloir d'avoir exécuté des prisonniers turcs à bord de mon navire non ?"
-"Comment cela s'est il passé, M. Onatis ?"
-"J'avais la charge d'un torpilleur, le "Eleusis". Nous servions surtout d'escorte aux convois de troupes alliés qui faisaient des allers retour sur les dardanelles. Un jour, en repartant on nous a confié un groupe d'une vingtaine de prisonniers turcs, qui avaient été capturés plus tôt par les alliés. Nous devions les ramener sur le continent, pour qu'ils soient internés ou je ne sais pas. Le fait est que nous n'avons jamais ramené ces prisonniers. Vous savez, je me suis opposé à leur… traitement au début. Puis finalement j'ai cédé, la plupart de mes hommes venaient de zones autrefois occupés par les turcs, et avaient sacrément besoin de se défouler. Ce ne fut ni rapide ni propre. Les vingt hommes mirent presqu'une semaine à mourir. Vous voulez des détails pour votre rapport ?"
L'avocat enleva ses lunettes et nettoya les verres, vu son âge il n'avait pas du voir autre chose que des papiers dans un cabinet.
-"Non, ça ira monsieur Onatis. Poursuivez."
-"A partir de là, tout a basculé. Vous savez, la violence on commence à y prendre gout. Personnellement je n'ai jamais apprécié la violence. La violence n'est que le recours des imbéciles et des abrutis. Mais ces temps là étaient différents vous savez. Une fois que nous avons… massacré nos prisonniers, nous avons été comme… porté par l'ouverture d'autres perspectives. L'amirauté hellénique n'était pas très regardante, du moment qu'on faisait ce qu'on nous disait de faire. Un navire, des hommes en armes… Nous avons décidé d'arrondir nos fin de mois en visitant les villages turcs de la cote. La guerre et la violence quotidienne changent un homme, des types parfaitement respectables il y'a quelques années qui rançonnaient, pillaient et violaient des villages. Sur la fin, nous fournissions les bordels militaires et civils en femmes, que l'on récupérait sur la cote. Tout l'équipage était complice, tout l'équipage avait compris l'argent que l'on pouvait se faire en… comment dire. Un homme armé ne meurt jamais de faim."
-"C'est donc là qu'ont commencé vos activités de traffic humain ?"
-"Oui, mais ça n'a pas duré. Après la guerre, les plaintes et les enquêtes commencèrent à arriver. On ne passe pas des années à piller des villages et à enlever des femmes sans finir par vexer un type haut placé. Nous sommes tous passés en cour martiale pour crimes de guerre et je ne sais quelles autres conneries. J'ai pu m'en sortir grâce aux connections de ma famille, et j'ai pu couvrir mes hommes. Mais nous avons tous été chassés de la marine grecque pour manquement à l'honneur et aux moeurs."
-"Vos hommes vous ont tous suivis ?"
-"Une grande majorité oui, mais au fur et à mesure de nos décennies d'errance, j'ai recruté de nouveaux compagnons, d'autres nous ont quittés. Je n'ai jamais eu de problèmes pour maintenir un équipage. Beaucoup de déserteurs ou de marins de commerce qui voulaient gagner mieux leur vie. Avec nos années de rapine pendant la guerre, nous avions tous ensemble de quoi nous acheter un navire et quitter la Méditerranée pour de nouveaux horizons plus… rentables. Nous étions une cinquantaine et nous avions acheté un cargo en excellent état. Nous l'avons armé et en 1920 nous avons commencé nos activités dans l'Océan Indien. J'appliquais une discipline de fer sur mon cargo, mes hommes étaient des marins et des soldats de métiers. Equipés et encadrés ainsi, la pègre de cette partie du monde faisait attention avec nous. Nous nous fines une quantité incroyable d'argent pendant près de dix années, nous placions tous notre argent dans la banque Indo-africaine de Dar-es-Salaam. Nos avoir considérables nous permettaient de changer de navire fréquemment afin d'échapper aux enquêtes des autorités, d'équiper mes hommes et de graisser toutes les pattes qu'il fallait. Durant dix ans nous amenions des travailleurs africains dans le golfe persique et en Inde. Vous seriez surpris de savoir combien de responsables de grandes multinationales respectueuses ont pu avoir affaire avec nous."
-"Combien en avez vous transportés ?"
-"En dix ans ? près de deux cent mille personnes. J'ai honte de ne pas pouvoir vous donner le chiffre exact, nous tenions notre comptabilité avec une rigueur militaire. Surtout des hommes, mais dans le golfe Persique on y transportait également des femmes et des enfants. Mais nous n'avons pas pu continuer cette activité, les autorités de la couronne nous cherchaient activement. Nous avions réussi à plomber les enquêtes pendant dix ans grâce à notre instinct de grecs et en graissant plus de pattes que vous ne pourriez vous l'imaginer."
Le dactylo tapait tout ce qu'il entendait, il ne devait sans doute pas comprendre les phrases, car les dactylos ont leur manière bien à eux de décomposer les phrases en mots puis en sons.
-"Et après ? qu'avez vous fait ? c'est à ce moment là que vous etes allés plus encore à l'est ?"
-"En 1930 nous avons utilisés nos avoirs a Dar Es Salaam pour financer un nouveau navire. Nous opérions depuis Kowloon, en Chine. Et nous avons découvert une affaire plus enrichissante encore que la chaire humaine. Car, comprenez moi… les humains meurent en voyage, certains sont malades et le prix final de la cargaison sera souvent déprécié. En revanche, avec l'Opium, nous avions trouvé une véritable mine d'or. A partir de la chine nous avons desservi toutes les villes possibles et imaginables en Asie. Alors là nous avions vraiment compris ce que cela voulait dire que gagner de l'argent. Quand nous sommes rentrés en Europe, vers 1935, chacun de mes hommes d'équipage pouvait vivre dans le luxe pendant trois générations."
-"Pourquoi ne pas avoir arrêté ? "
Onatis ne rit pas, il regarda longuement dans le vide, se rapellant du passé.
-"Je ne sais pas à vrai dire. L'homme veut toujours plus. Et puis… quand on a gouté à la liberté et au crime… il est difficile de changer de… métier."
-"Vous n'avez jamais eu deproblèmes de conscience? je veux l'inhumain et toutes ces choses là ? "
-"L'inhumain n'existe pas, il n'y a que l'humain et encore l'humain."
Un silence de quelques minutes interrompit la discussion.
-"Et une fois de retour en Europe, qu'avez vous fait ? "
-" Nous avons continué nos activités. Des femmes pour les bordels d'Europe et de l'Opium pour les fumeries. Très rentable. Mais nous avons du faire preuve de la plus grande prudence et ruse. Nous étions en Europe, en mediterranée. Les océans et ports sans loi d'Asie et d'Afrique étaient bien loin."
-"Bien Monsieur Onatis, les charges retenus contre vous sont surtout celles de félonie et de trahison, pendant le second conflit mondial. Vous etes également poursuivi pour de nombreuses autres affaires liées aux guerres Africaines et aux massacres ethniques sur le même continent."
-"L'Afrique est un continent avec ses propres lois. Celles de l'Homme blanc n'y ont pas cours, rien ne changera jamais cela. Et c'est pour ça que j'ai beaucoup aimé travailler là bas."
-"Bien si vous m'expliquiez en détail tout ce que vous avez fait pendant le second conflit mondial, au coté des italiens. Nous reviendrons à l'Afrique plus tard."
Onatis s'alluma une autre cigarette.
-"Je ne m'attends pas à ce qu'un jeune Meirakion comprenne mes motivations et celles de mes hommes durant cette guerre. Mais soit, cela risque d'être long cependant."
-"Je vous l'ai déjà dit, M. Onatis, je suis payé à l'heure."
Onatis sourit en coin avant de répondre.
-"Avec mon argent, Issu de commerce d'humain et de drogue. J'espere que votre conscience de citoyen bien pensant le vivra bien. Enfin, voici mon histoire au cours du second conflit mondial…"
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