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gunther rall
Grand-frais
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Les loups sont dans la bergerie Empty Les loups sont dans la bergerie

le Ven 11 Fév 2011, 12:52
Ma chère et tendre Victoria.

Je prend le temps de t'écrire ces quelques mots, qui pourront, j'espère, me faire pardonner pour mon attitude. Crois moi je t'en supplie, je ne voulais en aucun cas te faire du mal quand j'ai dit que ce n'était pas le moment de se marier. Ce n'est pas que je ne veuille pas t'épouser - je le souhaite de tout mon cœur, du plus profond de mon âme - mais j'ai eu peur que le moment soit quelque peu mal choisi, entre cette guerre immonde qui dure depuis plus de cinq ans, la mort de ton frère dans les bombardements de Londres et celle de ce cher Anthony, porté disparu au dessus de Hambourg au lendemain du nouvel an. Toute cette souffrance, tous ces morts, tous ces disparus, je me demandais si nous ne devrions pas nous marier en des jours plus cléments, sous de meilleurs auspices. La guerre finie, j'aurais aimé t'emmener en voyage de noces à Paris, puis t'emmener voir mes grands parents en Italie. J'avais peur, je le reconnais, de me marier avec toi dans un tel monde, peur de ne pouvoir t'accorder le bonheur que tu mérite. J'ai eu tord de ne pas t'en parler alors que j'en ai eu l'occasion, et je sais que je n'aurai pas dû m'énerver et partir de cette façon. Je regrette sincèrement d'avoir été lâche, et de n'avoir su t'expliquer les raisons de ce que tu as, à tord, pris pour un refus.

Mais les choses ont changé, depuis notre altercation. Comme tu dois le savoir, j'ai embarqué le lendemain, et nous avons levé l'ancre rapidement, en compagnie d'une douzaine d'autres marchands. Le capitaine m'a dit que nous transportons cette fois des camions et des pièces détachées pour avions, ainsi que des vivres. Je préfère cela au chargement de poudre et de munitions de notre dernier trajet. Nous avons donc fait route au Nord, pour aller retrouver d'autres cargos aux abords de l'Islande. Mais ce mercredi, alors que nous venions de quitter 5 marchands qui vont retourner en Amérique, nous fumes attaqués. L'Empire Clyde, qui naviguait à quelques encablures sur bâbord, signala un périscope et, quelques instants plus tard, l'officier de quart m'ordonnait de mettre la barre à tribord toute pour éviter de percuter l'Empire Clyde, en train d'effectuer une brusque embardée. Personne à bord ne vit venir la torpille, qui visait sans doute le cargo voisin, et qui nous fut donc masquée par sa silhouette jusqu'au dernier moment. L'impact fut terrible, je sentis le pont se soulever tandis que de mes yeux écarquillés je contemplais l'ascension d'une gigantesque boule de feu à l'avant du navire, 40 mètres devant moi, qui fut bientôt suivie par une colonne d'eau incroyablement haute. Pendant un bref instant, surréaliste, le monde sembla s'arrêter de tourner: je n'entendais plus rien, la boule de feu semblait avoir ralenti et même l'eau ne daignait pas retomber. Puis tout revint d'un coup. L'eau s'écrasa sur le pont, juste en avant de la passerelle, et nous sentîmes la chaleur de l'explosion nous atteindre. Le bruit, assourdissant, résonna à l'intérieur, les ondes rebondissant contre les vitres, telles des fantômes enfermés dans une prison de verre et d'acier. Les cris. Ceux des blessés, ceux des hommes hurlant des ordres à plein poumon. Je ne me rappelle plus de ce qu'ils disaient. Fort heureusement, la torpille n'a pas fait de dégâts trop importants. Le commandant Lawson a réagit admirablement en ordonnant de noyer les fonds à l'avant et la cale n°1 à l'extrême avant, voisine de la n°2 où la torpille a impacté. La propulsion, intacte, nous permit de nous éloigner, tandis que le radio nous annonçait que l'Empire Clyde avait échappé à deux torpilles. Nous faisons maintenant route vers l'Islande, en compagnie du Grimby, un cargo panaméen endommagé lui aussi par une torpille, et d'un tanker, le Lancashire, qui rencontre des avaries de barre. Le capitaine dit que nous arriverons d'ici cinq jours, et qu'il n'y a pas de raisons de s'inquiéter: en noyant les fonds et la cale n°1, il a permit de préserver la structure de notre bateau et éviter qu'il ne se casse en deux. Le navire tiendra, la météo annonce des creux de 4 mètres, ce qui est parfait pour gêner les sous-marins, sans trop risquer d'endommager notre coque fragilisée. Nous aurons même une escorte ! Des navires américains ont appareillé et doivent se porter à notre rencontre. Les services de renseignement, enfin, nous disent que le sous-marin qui nous a attaqué était isolé, et qu'il n'y a aucun submersible ennemis entre nous et l'Islande. Les choses ne vont pas si mal, donc !

Tout cela aura eu le mérite de me faire réfléchir. Il est vrai que j'aurai très bien pu y rester, comme mon amis Mark, que je t'avais présenté l'été dernier. Lui n'a pas eu ma chance. Son bateau a disparu corps et bien. Vois-tu, je pense que c'est le destin. J'ai fait une erreur en voulant attendre pour t'épouser, une erreur que j'ai aggravée en me comportant comme un gamin de seize ans qui ne veut pas avouer, peut-être par fierté, qu'il a peur de grandir, qu'il a peur du monde. Le destin a mis cette infâme produit de la technologie humaine qu'est la torpille sur notre route, lancée par je ne sais quel meurtrier sanguinaire allemand. Mais nous n'avons pas coulé. Je suis toujours vivant, et je m'aperçois que je t'aime et que je ne veux pas attendre pour te rendre heureuse. Je me rend compte que, même si le monde est hideux, que les hommes s'entretuent, je veux faire ton bonheur tout de suite, et non pas dans deux, dans trois, dans - que sais je ? - dix ans ! Je t'en supplie à genoux, épouses moi. Nous nous marierons sous le grand chêne, dans le parc près de King's Pyon, là où nous nous sommes embrassés la première fois. Ton père prendra une permission - la RAF lui doit bien ça ! - et nous ferons venir tout le monde. Quant au voyage de noces, eh bien je doute que Paris soit libérée d'ici cet été, aussi devrons nous nous contenter de cette vieille Angleterre... Nous irons à Paris quand la guerre sera terminée.

J'espère que cette lettre te parviendra très vite.

Tendrement, ton Ethan

PS: I love you



Le quartier-maitre relit encore une fois la lettre et, satisfait, la plia minutieusement en deux avant de l'introduire dans l'enveloppe. Il reprit sa plume un instant, et écrivit, en s'appliquant à dessiner de beaux caractères, "Victoria". La plume posée, il tira de sa poche une photo représentant une belle jeune brune, souriante. Et, tandis qu'il contemplait cet ange, il extirpa d'une autre poche, contre sa poitrine, une bague en or et fer blanc. "Je t'aime", murmura t-il...

L'instant d'après, le monde implosa. Les lumières s'éteignirent instantanément, et les ténèbres envahirent Ethan O'Conny.





"Kaput, Mein Kaleunt ! "
" Très bien. Faites surface. Chassez à l'avant, la barre au 60, en avant 1"
"Jawohl. La machine en avant 1, chassez à l'avant, la barre au 6-0" répercuta le barreur

Le U-32 creva la surface, à quelques encablures d'une épave. Un volant se mit à tourner, sur le kiosque, et un panneau s'ouvrit. Quatre hommes sortirent sur la baignoire, et, éblouis par la lumière du jour, se figèrent. Puis, leur vision s'accommodant, ils purent contempler le spectacle macabre qui s'offrait à leurs yeux. Trois cent mètres à tribord, on apercevait encore la proue du cargo, gîtant fortement, et cabrée à plus de 70 degrés, dressée vers l'est, comme si le navire à l'agonie voulait prier une dernière fois. Des débris flottaient partout autour. Du bois, de la nourriture... Au fur et à mesure que le sous-marin s'approchait, et malgré la mer relativement formée, on les distinguait de mieux en mieux. Une casserole. Une caisse en bois. Un foulard. Un paquet de cigarettes. Et là, un corps sans vie. Le Kapitän zur See Günther Rall dut vite se rendre à l'évidence: aucun survivant. De toute façon, ses ordres stipulaient de ne prendre à bord que le commandant. Mais il aurait tout de même fournit un dinghy, des vivres, une carte et une boussole à d'éventuels rescapés. Son attention fut attirée par une plaque en bois, du teck visiblement. Il donna ses ordres. Le submersible stoppa, et deux hommes bravèrent l'océan en montant sur le pont avant. Ils repêchèrent, avec beaucoup de difficultés, l'objet, manquant de tomber à l'eau plusieurs fois. Trempé, l'un des deux escalada le kiosque et tendit au commandant l'objet. On pouvait distinctement y lire " HMS Panther". Inutile de rester ici plus longtemps. Les hommes sur le pont redescendirent dans les entrailles du sous-marin qui remit en marche, et commença à s'éloigner des débris, tandis que la proue du "Panther" disparaissait sous les flots. Des débris vinrent cogner contre l'étrave et les hélices du U-boat qui s'éloignait en se frayant un chemin à travers panneaux de cale, morceaux de coque, caisses, bâches, ustensiles de cuisine, vivres en tout genre... Le Kaleunt Rall regarda une dernière fois ce triste spectacle, mais son regard ne fut pas attiré par une petite tache blanche, de la dimension d'une enveloppe, à quelques mètres à peine sur tribord...


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le Jeu 23 Juin 2011, 11:39
Regardez, lieutenant ! Une autre ! S'écria le jeune matelot, pointant ses jumelles sur une gerbe d'écume, à tribord.
Ela é magnífica, Ernesto !

La guerre semblait bien loin, dans ce petit coin de paradis, au sud de l'équateur. L'équipage de la Bandeirante était au repos, la chaleur étouffante les contraignant à rester à l'ombre, dans la petite superstructure de leur navire. Deux hommes prenaient le soleil sur le pont, tandis que le lieutenant et le matelot Ernesto Aparicio assuraient leur quart, protégé du soleil brûlant par les vitres de la passerelle. La chaleur était écrasante: le thermomètre semblait s'être bloqué à 39 degrés. A l'ombre. Au nord, la côte était visible, une longue ligne de sable fin, s'étendant à perte de vue. En y regardant de près, avec les jumelles, on pouvait apercevoir les arbres, en arrière de la ligne de rivage, et là bas, à l'ouest, ce petit point noir, c'était Rio de Janeiro, d'où ils avaient appareillé trois jours plus tôt. Aucun ennemis n'avait été signalé depuis l'entrée en guerre du Brésil, et d'ailleurs, l'essentiel de la flotte avait appareillé pour aller prêter main forte aux alliés en Europe, d'après ce qu'on disait. L'ambiance était donc très détendue, d'autant plus que l'atmosphère ne se prêtait pas à une quelconque activité: il était quatorze heures, le soleil, à son zénith, brûlait dans le ciel. Dix minutes plus tôt, Ernesto avait repéré une première baleine, à quelques encablures du bateau, puis ne seconde, et maintenant, une troisième ! Le timonier, Pedro Ourives, avait manœuvré pour s'en approcher, et bientôt elles furent toutes proches. Ernesto et Pedro, engagés récemment, n'avaient eu que rarement l'occasion de voir ces magnifiques animaux, et ne se lassaient pas d'observer leurs évolutions.


Six kilomètres plus loin, quatre hommes étaient eux aussi rivés à leurs jumelles. Mais ce n'était pas les baleines qu'ils observaient. Ils en avaient déjà croisé plusieurs. Non, ce qui intéressait le Leutnant zur See Baür, c'était ce petit point noir à la forme allongée, qui semblait se déplacer... Deux minutes plus tard, le Kapitanleutnant Rall était lui aussi sur le kiosque, et observait à travers ses jumelles ce qui ressemblait de plus en plus à un navire. Un sourire furtif se dessina sur son visage. Ses hommes avaient déniché du gibier. Pas exactement celui qu'il espérait, mais il faudrait savoir s'en contenter. Il porta l'interphone à ses lèvres:
Venir au 9-0, en avant doucement.
Plus bas, l'officier en poste au CO, ruisselant de sueur, répercuta l'ordre. Le barreur exécuta et lui répondit aussitôt: Cap 9-0, en avant 3 monsieur
La plume d'étrave se fit plus importante, venant lécher le pont où une partie de l'équipage se détendait, à l'ombre du kiosque.
Baür, je veux que nous soyons parés à rappeler aux postes de combat. Compris ?
Jawohl mein käleunt répondit l'officier de pont, qui descendit tranquillement de la "baignoire", passa sur l'arrière du kiosque à côté du canon de 20mm dont les servants roupillaient, et se laissa glisser sur le pont. Des draps avaient été étendus entre le kiosque et deux barres métalliques fixées sur le bastingage, procurant un peu d'ombre à une quinzaine d'hommes qui, étendus sur le pont, profitaient de cet accalmie pour se reposer, torse nu, écrivaient des lettres à leurs familles, épluchaient des patates ou bien rigolaient des mésaventures amoureuses que leur comptait Spillmann, un des mécaniciens.
Les gars, démontez moi tout ça fissa ! Tout le monde se tient paré à retourner à l'intérieur dès que l'ordre est donné !
Les hommes se relevèrent, rechignant quelque peu, et cinq minutes plus tard, tout était démonté, rangé et arrimé, dans un coin du local torpilles. Ne restaient maintenant sur le pont que deux-trois hommes occupés à éplucher les patates, les autres préférant la fraicheur et l'odeur nauséabonde au grand air et au soleil de plomb. Les servants du 20mm furent réveillés, et le commandant demanda à ce que l'équipe de pièce se tienne parée.

Deux heures plus tard, le patrouilleur semblait bien plus proche. Son cap et sa vitesse avaient été estimés, et le Kapitanleutnant Rall avait placé son sous-marin entre le soleil et le navire ennemi, qui aurait du mal à le repérer. Dans la baignoire, la veille avait été renforcée: au commandant et à l'officier de pont, plus les deux veilleurs réglementaires, on avait adjoint deux autres hommes, qui surveillaient le ciel. Baür, concentré sur une feuille de papier où il griffonnait depuis quelques minutes des lignes de calcul, annonça que l'adversaire, identifié comme un petit patrouilleur, se trouvait désormais à moins d'un mile.
Mein Käleunt, quels sont vos ordres ? Mein Käleunt ?
Après quelques secondes, Rall, perdu dans ses pensées, revint sur terre. Hum... Très bien. Nous sommes assez proches, il risque de nous apercevoir, même avec ce soleil. Je ne veux pas perdre l'initiative. Rappelez aux postes de combat, faites armer la pièce de pont.
Les hommes savaient l'ouverture des hostilités imminente, les veilleurs ayant été relevés entre-temps avaient confirmé à leurs camarades qu'un ennemi était repéré. Aussi, en moins de quarante-cinq secondes, tout le monde était à poste. Les canonniers se précipitèrent à leur pièce, enlevèrent prestement le sac de toile qui masquait la gueule menaçante du "88", et retirèrent prestement le bouchon de plastique et de métal censé éviter que l'eau de mer ne rentre dans le tube. Le chef de pièce se retourna vers le kiosque et leva le pouce.
Postes de combat complet mein Käleunt, pièce parée. aboya Baümer en se tournant vers son commandant.
La réponse ne se fit pas attendre: Cap au 1-2-0, en avant 2, démasquez le "88".
Pas une once d'excitation dans la voix du capitaine, qui restait de marbre derrière sa barbe. Les ordres furent rapidement exécutés, et le sous-marin ralentit, prenant une route convergente avec celle du petit patrouilleur. Sur le pont, l'excitation était à son comble. Le chef de pièce faisait ses calculs, et bientôt... Cible alignée, paré au tir !
Baümer consulta le commandant qui lui fit un simple signe de tête. Il se retourna aussitôt vers l'avant de la baignoire, hurlant aux canonniers: Tir à volonté !
Feuer ! Répercuta le chef de pièce
Feuer ! meugla le pointeur, en pressant la double détente. Dans un bruit assourdissant, la munition de 9 kilos quitta le tube et se rua vers sa cible, à 1700 mètres de là.
Le chef de pièce et les hommes sur la baignoire pointaient leurs jumelles en direction du patrouilleur, tandis que les canonniers s'affairaient à recharger la pièce...

Raté !



Le lieutnant Mercador avait cru voir un éclair. Bizarre par ce temps sans nuages... Il tournait ses jumelles dans cette direction quant une gerbe d'eau fut soulevée à quinze mètres du navire.
Somos atacados !!!!!
Le lieutenant ordonna d'accélérer, et d'appeler le commandant. Pendant ce temps, un deuxième obus avait quitté le canon du submersible. Il explosa à quelque mètres de la proue, projetant des shrapnels en tous sens. Miraculeusement, personne ne fut blessé, mais les vitres de la passerelle volèrent en éclats. Les hommes affluaient aux postes de combat, et le commandant Gardilho arriva sur la passerelle dévastée.
Un canonnier se précipitait vers la porte alors que le capitaine tentait d'identifier son agresseur: chefe ! O canhão !
Gardilho porta son attention sur la plage avant, là où se trouvait l'armement principal de son navire. Le canon de 40mm était de travers, son assise à moitié sectionnée par les éclats. Il ne restait qu'une chose à faire: la radio ! Il se précipita vers l'arrière de la superstructure, là où se trouvait un local radio exigu, leur seule chance d'avertir les autorités. Alors qu'il y était presque, il fut projeté en avant, et heurta a cloison. Un nouvel obus venait de frapper le patrouilleur en plein centre, soufflant la mâture, les antennes radio, ouvrant une brèche dans la passerelle et créant un début d'incendie à l'arrière.
L'équipage, paniqué, se précipitait pour éteindre le feu, tandis que le lieutnant Mercador tentait de ranimer son commandant. Mais celui-ci semblait bel et bien inconscient, et les hommes le pressaient de donner ses ordres. Il se souvint la phrase qu'on lui avait enseignée à l'académie navale, qu'il n'aurait jamais cru prononcer un jour: Devant l'indisponibilité du capitaine Gardilho à assurer ses fonctions, je prend le commandement de ce bâtiment :



Il est touché commandant !
hurla un des matelots. Du kiosque du sous-marin, en effet, on avait vu le premier obus manquer sa cible, tandis que le second, qui avait soulevé une gerbe d'écume sur l'avant du patrouilleur, avait probablement raté comme le premier, pensaient-ils.
Pas assez à mon gout ! Venez au 1-5-5, inondez le tube 3 ! répliqua Rall.
Tube 3 inondé ! Cap au 1-5-5 commandant ! hurla l'interphone.
Distance ? Demanda l'officier de pont au chef de pièce.
700 !
Commandant, ça correspond à mes estimations. Je recommande un tir immédiat de la torpille du tube 3 sur le patrouilleur, profondeur minimale.
Parfait, ça me conviens. Central, commandant. Réglez la torpille pour un trajet en surface, vitesse maximale. Distance estimée à la cible 700 mètres, je répète, 7-0-0 mètres. En avant 1, ouvrez tube 3 ! Annonça très calmement Rall à travers l'interphone. Les hélices ralentirent, le sous-marin avançait sur son erre maintenant, à seulement 4 nœuds.
Gouvernez comme ça. Tube 3, feu ! Le sous-marin sursauta, et un sillage scintillant apparut à son avant, fonçant droit sur le patrouilleur qui donnait de la bande à tribord.

Les hommes sur le kiosque retinrent leur souffle. Après 50 secondes, Baüer soupira. Je crois qu'elle l'a raté, commandant. Et c'est précisément à cet instant que le patrouilleur disparut dans une gerbe d'écume haute de vingt mètres.
Le soleil se réfléchissant sur les gouttelettes d'eau de mer dessina un éphémère arc-en-ciel, observé par l'équipage qui laissa éclater sa joie: une victoire, enfin !
Un bref sourire se dessina sous la barbe de Rall, qui se tournant vers un matelot: Message pour l'amirauté: avons engagé et détruit un patrouilleur type PC Brésilien au large de Rio. Poursuivons notre patrouille.

Les brésiliens, à partir de maintenant, avaient du soucis à se faire. Si la guerre se déroulait en Europe, elle pouvait très bien s'exporter en Amérique du sud, comme venait de le prouver le U-995.


Le 22/03 à 06h49 : Nous avons coulé Bandeirante (Patrouilleur type PC)

[HRP/ Premier kill brésilien de l'histoire de DB. Nous avons sabré le champagne à la I. RF pour l'occasion]
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le Mar 12 Juil 2011, 16:14
Avril 1945 - Quelque part en Atlantique

L'océan s'étendait à perte de vue: pas âme qui vive. Du moins, pas au dessus de la surface. Et justement, ce n'était pas pour déplaire à l'équipage du U-995, un U-boat type VIIc/41 de la Kriegsmarine.

"Faites surface" commanda laconiquement le Kaleunt Rall, qui laissa le périscope à un de ses officiers.

Les veilleurs coururent à leurs postes, tandis que trois hommes armaient le canon antiaérien situé à l'arrière du kiosque. Pas question de laisser monter les hommes sur le pont: même ici, un avion pouvait surgir d'un moment à l'autre, et il ne faudrait pas perdre la moindre seconde pour retourner en sécurité, à 50 mètres sous la surface.

"Second, à vous la manœuvre, je dois terminer le compte-rendu de mission pour ces damnés gratte-papiers de l'État-major"

La nuit ne tarda pas à envelopper le sous-marin de son voile protecteur, et les hommes furent autorisés à monter dans le kiosque par petits groupes pour prendre l'air. Ils auraient le temps de se détendre un peu dans quelques heures...

En effet, aux alentours de trois heures du matin, le U-boat aperçut enfin une lueur blafarde, qui s'avéra être la balise indiquant la position des rochers. Il fallait être prudent, ces écueils pouvaient déchirer comme une vulgaire feuille de papier la coque du sous-marin. Enfin, le mouillage fut en vue, et, alors que l'aube pointait, le U-995 vint à couple avec le Wotan, un paquebot hors d'âge convertit en bâtiment-base. Le U-boat à peine amarré, quatre marins montèrent à bord pour brancher les câbles d'alimentation électrique.

L'équipage du U-995 aurait droit à 36 heures de repos, pas plus. Après un mois et demi de mer, ce n'était pas cher payé. D'autant plus qu'ils étaient consignés à bord du Wotan, discrétion obligeant. Pendant ce temps, l'équipage du navire-mère s'occuperait de réapprovisionner leur sous-marin, et bichonnerait la mécanique fatiguée du U-boat, qui n'en était pas à sa première sortie. Alors que Rall montait à bord du Wotan, il aperçut au dessus de lui, dans la pénombre, un long cylindre flottant dans les airs. Suspendue à la grue tribord du Wotan, une première torpille G7 descendait lentement vers son bâtiment. Un coup d'œil à sa montre: le sous-marin était amarré depuis seulement 90 minutes ! Décidément, on ne chômait pas, ici !

En effet, lorsqu'il parvint sur le pont inférieur du Wotan, une intense activité régnait: des caisses de vivres étaient entassées à côté de la coupée, de jeunes matelots couraient en tous sens, portant des jambons, pièces détachées, outils... Un peu plus loin, des hommes s'appliquaient à contrôler la descente de la torpille, tandis qu'un ingénieur donnait ses ordres à une équipe de mécaniciens. Les hommes du U-995 étaient, eux, montés sur le pont supérieur pour ne pas gêner l'équipage du Wotan. Le bosco accueillit Rall, excusant le commandant et le second, qui étaient parait-il très occupés. Bientôt, le capitaine du U-995 fut introduit dans le poste communications, où il laissa son rapport à une petite brune dont l'uniforme indiquait qu'elle appartenait en fait à la Luftwaffe. En effet, le rapport ne serait pas transmit par ondes radios, mais par avion. Rall ne s'attarda pas: son corps demandait expressément du sommeil, et il se devait d'être en forme pour l'appareillage. On le conduisit dans une cabine qui, en son temps, accueillait les passagers les plus aisés. Maintenant, elle avait été quelque peu réaménagée, comme en attestaient des tas de matelas et hamacs. Sans trop y prêter attention, le commandant du U-995 s'affala dans le lit, sans prendre la peine de le défaire, et sombra presque immédiatement dans un sommeil agité.

Plus haut, la jeune caporal de la Luftwaffe apporta le rapport à son supérieur, qui profitait du beau temps pour regarder l'aube sur le pont supérieur, accoudé au bastingage entre un montage quadruple antiaérien et un canot de sauvetage, observant avec un petit sourire de jeunes sous-mariniers du U-995 occupés à jouer avec Igla, un jeune berger allemand qui était la mascotte du Wotan.

"Le rapport de mission du U-995, monsieur. Le capitaine vient de me le transmettre"
"Parfait. U-995, Kaleunt... Ach, ce vieux Rall !" et, devant le regard quelque peu interrogateur de sa subordonnée, il ajouta "Nous avons servi ensembles sur l'Emdem, il y a une éternité... Enfin, je veux dire, avant la guerre, vous savez"

Alors qu'elle claquait des talons et s'en retournait, il parcourut le rapport en diagonale:

Tonnage coulé: 52 457 tonnes

- Brésiliens: 121 tonnes (un navire(s) dont zéro marchand(s))
- Américains: 52 326 tonnes (sept navire(s) dont sept marchand(s))

Répartition:

- 1 (un) Patrouilleur Type PC - Brésilien - 121 Tx
- 1 (un) Cargo C1 - US - 6 000 Tx
- 1 (un) Cargo armé - US - 14 030 Tx
- 1 (un) Cargo classe Crater - US - 6 000 Tx
- 1 (un) Marchand rapide classe Crosley - US - 1 400 Tx
- 1 (un) Marchand côtier - US - 4 000 Tx
- 2 (deux) Tanker T2-SE-A1 - US - 2 x 10 448 Tx soit 20 896 Tx

Le rapport continuait sur plusieurs pages, détaillant chaque jour de mer, les immatriculations des navires, les compte-rendus d'attaque, le nombre de torpilles lancées, d'obus tirés, la météo, les tactiques employées... L'officier sourit: connaissant un peu Rall, il savait qu'il s'était appliqué à contre-cœur à rédiger cette paperasserie exigée par l'amirauté. Mais bon, Doenitz serait content. Huit victoires, voilà qui contenterait ces fichus bureaucrates, et leur permettrait de se conforter dans leur idée qu'ils contribuaient à gagner cette foutue guerre...
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le Ven 26 Aoû 2011, 15:54
Charles Meunier, jeune matelot de son état, avait du mal à croire qu'il puisse encore être en vie.

Il se trouvait au mess, lorsqu'une explosion avait secoué le navire, brisant quantité de tasses, renversant les plats et les verres, projetant à terre les hommes présents. Puis une formidable détonation avait eu lieu, quelques secondes après, transformant l'accueillant mess en un enfer brûlant: les flammes avaient fait irruption presque instantanément, dévorant la cloison arrière. De la fumée ensuite, qui avait envahi le compartiment en quelques secondes. Il se rappelait qu'il avait réussi à sortir, mais comment ? Au moins avait-il eu le bon sens de courir vers le côté tribord pour sauter à l'eau: à bâbord, du pétrole recouvrait les vagues et ne tarderait pas à prendre feu. Lorsqu'il était remonté à la surface, la proue commençait déjà à couler, la partie arrière ayant semble t-il mieux résisté. Il devait son salut au seul canot ayant eu le temps d'être mis à l'eau, et qui l'avait repêché avant qu'il ne soit brûlé vif, le vent poussant vers lui les nappes de pétrole enflammé. Il y avait onze survivants sur le canot, en plus de Charles, et tous se trouvaient à l'arrière au moment de l'explosion. Le chef mécanicien apprit au jeune matelot qu'il était le seul des 32 hommes présents dans la partie avant à avoir survécu. Cela faisait maintenant quoi, dix ? douze heures ? Charles ne savait plus vraiment... L'état de choc était passé, à présent. Il repensait sans cesse à tous ces hommes morts à l'avant du tanker... Son ami René, le cuisinier, Sébastien, qui lui passait en cachette quelques restes. Le pacha, le second qui lui avait appris la semaine dernière à lire une carte maritime... Et lui, il était vivant. Un sentiment de culpabilité le tenaillait, bien que Noël, un autre mécanicien, lui ait expliqué en long et en large qu'il n'y pouvait rien, et qu'il avait fait la seule chose à faire: sauver sa peau. "On aura encore besoin de toi, p'tit gars", lui assura t-il d'ailleurs, et, joignant le geste à la parole, il désigna le tanker britannique qui approchait pour les repêcher, à huit nœuds. Songeur, il revoyait encore le mess avant les explosions, les visages des hommes qui s'y trouvaient... Lorsqu'il aperçut une plume, à bâbord, à pas loin de deux cent mètres.

Il se retourna: le tanker fonçait droit sur eux, et se préparait à ralentir afin de mettre à l'eau une baleinière. Se pouvait-il que....

Le tanker, d'un coup, mit la barre à tribord toute, à en juger par l'écume sur son étrave et son flanc. Trop tard. Charles était pétrifié: cela recommençait. Sauf que cette fois, il n'était qu'un spectateur. Une gerbe d'écume de dix mètres de haut apparut, suivie d'une explosion plus faible que ce à quoi il s'attendait. En revanche, la deuxième explosion fut beaucoup plus forte. Cela lui rappelait des souvenirs douloureux. Et récents. En effet, si la première gerbe d'eau était apparue à l'avant du tanker, la seconde, nettement plus haute, s'élevait à présent au dessus du château arrière. Un incendie se déclencha aussitôt, tandis que le navire, désemparé, continuait maintenant sur son erre.

A bord de l'embarcation de sauvetage, tout le monde était silencieux, horrifiés par un spectacle voisin de ce qui leur était arrivé hier. Noël rompit le silence, hurlant en désignant du doigt, à deux cent cinquante mètres à peine, un U-boat qui, tel un loup gris tapis dans un bosquet et se lançant sur sa proie, venait de faire surface, l'eau dégoulinant de ses flancs. Des hommes couraient sur le pont, se précipitant vers le canon, tandis que le vent leur apportait les cris des officiers qui, sur le kiosque, hurlaient leurs ordres. Impuissants, les naufragés virent la pièce de pont pivoter, alors que l'équipage du tanker en perdition évacuait le navire. Seules les embarcations situées à l'avant avaient été mises à l'eau, celles à l'arrière ayant été pulvérisées par l'explosion. De toute façon, la fumée qui montait de la brèche, de la cheminée et des ouvertures avait sûrement dissuadé les quelques survivants d'y rester. Un premier obus siffla à leurs oreilles, s'écrasant sur le pont. Puis un deuxième, abattant le mât de charge avant. Et une dizaine d'autres, avant que le navire ne se décide finalement à s'enfoncer par l'avant. Charles vit la poupe se redresser lentement, tandis que de plus en plus de fumée s'en échappait. Bientôt, l'eau submergeait la proue du tanker, qui, perdant sa flottabilité, coulait de plus en plus vite. Maintenant qu'ils avaient coulé le tanker, qu'allaient faire les allemands ? Techniquement, la France avait signé un armistice en 1940. Allaient-ils les faire prisonniers ? Les exécuter sommairement ? Charles s'attendait presque à voir les canons du U-boat pivoter, et hacher menu les frêles canots de sauvetage.

Mais les allemands ne firent rien de tout cela. Alors que les canonniers remettaient la pièce de pont en position neutre et l'arrimaient, le sous-marin se mit à avancer, puis, accélérant rapidement, vira sèchement sur bâbord, avant de disparaitre sous les flots. Le U-995 venait de remporter une victoire de plus. Mais celle-ci avait de particulier que c'était la centième remportée par le "pacha".
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le Dim 11 Sep 2011, 17:21
Une fine pluie tombait sur la Bretagne depuis maintenant plusieurs heures. Fichu temps, maugréait Fritz Echhart, un jeune officier des renseignements qui avait du mal à comprendre pourquoi Doenitz avait insisté pour transférer le BdU ici, dans ce trou perdu près de Lorient... Kerneval. Depuis un mois entier, ils avaient affronté un temps exécrable, le soleil se bornant à quelques brèves apparitions, histoire de rappeler à tout le monde qu'il était toujours là. Le chauffeur l'arracha à ses pensées. « Où allons nous, Leutnant ? »

Vingt minutes plus tard, ils arrivaient à Kerneval, et Fritz dut piquer un sprint pour éviter d'être trempé par les trombes d'eau qui tombaient à présent. Il laissa son pardessus à l'intendance, ignora comme d'habitude les deux gardes en faction au bas de l'escalier, et entreprit de regagner son bureau. Il avait un rapport à rentre au grand amiral dans trois heures, il ne fallait donc pas trainer. Ah, si seulement ces incapables avaient été en mesure de lui faire parvenir ces compte-rendus plus tôt ! Ils étaient arrivés par Hydravion à Bordeaux à peine 48 heures après avoir été rendus aux services administratifs, mais il avait ensuite fallu attendre une semaine pour les avoir à Lorient... Bref, au travail. Fritz sortit de sa mallette une épaisse liasse de dossiers, en sélectionna quelques uns et entreprit d'y puiser les informations nécessaires à son rapport. Le premier dossier était le rapport de patrouille du U-1061. Puis vint celui du U-995, commandé par un certain Rall. Hum, qu'est-ce que ça racontait d'intéressant ? Départ de la base secrète le 17 avril, transit sans histoires, quelques contacts, patrouille dans le carré XB51 puis dans le XB54, enfin retour vers la base, durant lequel le Wolfpack avait intercepté une flottille brésilienne. Bon, c'était bien beau tout ça, mais ce qui intéressait avant tout le grand amiral, c'était les résultats. Fritz tourna les pages... ah, voilà:

Navires coulés: 8
Navires endommagés: 3
Tonnage coulé: 84 911 Tx

Détails des navires coulés:

un navire brésilien pour 10 620 Tx
5 navires anglais pour 53 943 Tx
2 navires français pour 20348 Tx

Pas mal du tout, et, ajouté aux tableaux de chasse des autres submersibles de ce Wolfpack, cela devrait être conséquent.

Trois heures plus tard, Fritz présentait à Doenitz son rapport sur l'Atlantique sud. L'exposé dura plus d'un quart d'heure. Le grand amiral souriait quand son officier des renseignements sortit. L'Angleterre était isolée, ses U-boat taillaient en pièce les navires marchands alliés par dizaines, et, cette fois ci, ils avaient en plus décimé une flottille brésilienne. Tout cela à des milliers de kilomètres de leurs bases.
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le Sam 15 Oct 2011, 21:49
C'était une de ces nuits où la lune, à peine masquée par de rares nuages, observe fixement les hommes. Perchée au sommet du ciel étoilé, elle semble attentive au moindre mouvement partout où porte son œil unique. Flanquée de mille constellations, elle a ravi la place du soleil, prenant jusqu'à sa forme le temps d'une nuit. Au loin, on pouvait entendre un loup, défiant le monde entier d'un long hurlement. Les hautes herbes des prés voisins ondulaient lentement sous une petite brise, qui sifflait entre les arbres bordant un ruisseau presque à sec.

Profitant du spectacle, une paire de lapins se tenait immobile, se soustrayant à la vue de la lune derrière un petit buisson cramoisi. Percevant soudain un bruit derrière eux, ils détalèrent aussitôt dans les fourrés. Un petit garçon venait d'apparaitre, suivi d'une jeune femme, sombres silhouettes faiblement éclairées par la lueur blafarde de la lune. À cette heure tardive, ils déambulaient nonchalamment le long du ruisseau, dérangeant quantité d'animaux qui abandonnaient leurs occupations nocturnes pour courir se cacher. Bientôt, les deux bipèdes atteignirent un très vieil arbre surplombant majestueusement le cour d'eau, déployant autour de lui ses racines, les plongeant dans les galets charriés par l'eau du ruisseau, les ressortant ici et là, menaçant de faire trébucher un promeneur distrait par les impressionnantes ramifications de l'arbre. Au loin, le loup s'était tût, et l'on pouvait à présent entendre un rapace par intermittence. Sans un mot, le petit homme embrassa du regard l'arbre adossé au ruisseau puis s'assit sur une racine affleurant, levant les yeux vers la voie lactée.

Il y en a tellement... Commenta succinctement la jeune femme, qui venait de s'assoir à côté de lui.

Plein ! Répondit fièrement le garçonnet, qui enchaina: là bas c'est la constellation d'Orion, et là, celle du Taureau.

Tu en sais des choses, toi !

C'est papa qui m'a apprit tout ça. Par contre, celle là je sais pas laquelle c'est... Tu sais toi maman ?
Il désignait de son petit bras un amas de points lumineux, non loin de l'étoile Rigel.

Euh... Non mon ange, je ne sais pas.

Papa il doit savoir lui.

Oui mon ange, c'est sûr
, lui dit-elle en souriant tendrement.

Le petit garçon levait toujours ses yeux vers le ciel, regardant à présent fixement la lune ronde, blonde et féconde.


À plus de dix mille kilomètres de là, la nuit touchait à sa fin. À bord du SS John Bell, le navigateur faisait le point à l'aide des quelques étoiles encore visibles dans un ciel qui s'éclaircissait à vue d'œil. Le navire revenait de Canberra, en Australie, chargé de minerais qu'il devait apporter en Grande-Bretagne, avait embarqué en route plusieurs tonnes de marchandises diverses à Porto Alegre où il avait intégré le convoi SR-88, composé de deux autres cargos et d'un tanker. Mais, après seulement deux jours de mer, le SS John Bell avait rencontré des problèmes de moteur, problèmes qui lui avaient faire prendre un peu de retard. Ils étaient restés en contact radio avec le SS Abraham Baldwin, sur lequel se trouvait le commodore Palmer, et d'après le dernier contact obtenu la veille, ils devraient les rattraper d'ici quelques heures. Enfin, si les calculs de Colin, le navigateur, étaient exacts.

Quoi de neuf, Colin ? C'était Stephen Bartow, le commandant du navire, un grand gaillard d'une quarantaine d'années à l'air sévère, avec les yeux d'un gris métallique profondément enfoncés dans leurs orbites qui vous jaugeaient, vous analysaient, vous transperçaient, semblant voir jusqu'au plus profond de votre être.

Eh bien, capitaine, nous devrions rejoindre le convoi aujourd'hui. Selon mes calculs, nous avons encore vingt milles de retard.

Très bien, je ne serai pas fâché de retrouver un peu de compagnie.
Le capitaine Bartow semblait pensif, ce qui n'était guère de bonne augure.

Un problème, capitaine ?

D'après la rumeur, quelques submersibles de l'axe seraient présents au large de Rio. Ils auraient décimé un convoi, d'ailleurs.


Colin se demanda si le voyage serait aussi tranquille que l'avait prétendu l'amirauté, lors de leur départ de Canberra. Il fut arraché à ses pensées par Bartow qui, après avoir marqué une brève pause, poursuivait.

Enfin, il semblerait qu'ils restent près de la côte. Le commander a accès à des information que nous n'avons pas. D'après lui, le risque de tomber sur des U-boat est faible, même s'il n'exclut pas une action isolée.

Bon, eh bien si le commander le dit, pensa Colin, ce devait être vrai. Après tout, l'amirauté ne les aurait pas envoyés dans ces eaux sans escorte si le risque n'avait pas été minime. N'est-ce pas ?

Le temps se gâtait, un grain s'annonçait au loin, aussi les deux hommes rentrèrent-ils à l'intérieur, à l'abri des épaisses vitres de la passerelle.

Vous avez eu des nouvelles de votre petite famille, Colin ? C'était Jerry, le bosco, qui venait de prendre son quart, et apportait avec lui une solide provision de café, comme toujours: pour Jerry, une journée normale impliquait forcément qu'il ingurgite plusieurs litres de caféine. Ce qui lui donnait un tempérament particulièrement vif, dont faisaient fréquemment les frais les jeunes matelots du bord.

Pas depuis Canberra. Aux dernières nouvelles, le petit se porte bien. Il est très curieux, il adore se balader dans la propriété de mes beaux-parents, pose des questions sur tout.

Vous en avez d'la chance, Colin !
Le félicita le commandant, qui se vautra sur son fauteuil tout en tirant de sa poche un paquet de cigarettes déjà à moitié vide.

Colin ne répondit pas. Oui, il en avait de la chance. Quel gosse fabuleux ! Bien sûr, si vous leur demandez, tous les parents vous diront que leur enfant est une merveille, passant sous silence tous les moments où ladite merveille les avait empêchés de dormir, avait repeint le canapé à l'aide d'un pot de ketchup trouvé dans le frigo, ou avait tenté d'escalader l'étagère où se trouvaient les fragiles bibelots de famille, sans parler de sa réticence récurrente à tenir compte de toute mise en garde. Mais le fait est que Colin, lui, n'avait pas connu toutes ces folles péripéties qui font aussi partie du métier de père: non seulement Donald était un enfant calme et obéissant, mais il ne le voyait pas si souvent, son métier de marin lui laissant à peine cinq semaines avec sa famille par an. Semaines durant lesquelles son fils s'appliquait à être calme, attentif, et obéissant – dans la mesure du possible pour un enfant de cinq ans. Colin aurait bien voulu être plus présent: il aimait son métier, mais après en avoir longuement discuté avec sa femme, il avait pris la décision de revenir sur la terre ferme. Ses beaux-parents avec lesquels il entretenait d'excellentes relations lui avaient proposé un emploi dans leur propriété, non loin de Duluth, et il avait accepté. Il s'en rappelait bien, c'était un certain cinq décembre 1941. Deux jours plus tard, ses projets s'étaient vus quelque peu bouleversés, et il avait dû différer sa reconversion.

Pas de nouvelles depuis Canberra... cela faisait trois semaines maintenant, au jour près. Et encore, il lui faudrait attendre encore pas loin de deux autres semaines avant d'arriver en Grande-Bretagne, où il trouverait sûrement quelques lettres de sa femme et de sa famille. Le temps était long, loin d'eux. Mais il était marin, parcourait les flots depuis maintenant huit ans, et savait être patient. Colin s'aperçut qu'il était resté plongé dans ses pensées durant quelques secondes, et que pendant ce temps, Jerry avait entamé une conversation sur le baseball avec robert, le jeune timonier. Le capitaine, lui, tirait tranquillement sur sa cigarette qu'il venait d'allumer. Un enseigne matinal fit irruption sur la passerelle. Il s'agissait d'un canonnier d'à peine 20 ans, qui s'était embarqué pour échapper à l'ennui de son petit village, perdu au fin fond des immenses plaines du Kansas.

Alors que Colin prenait part à la discussion sur le base-ball, le jeune enseigne sortit sa pipe, et commença lui aussi à fumer. Pensif, son regard se perdait au loin, vers l'astre solaire qui s'apprêtait à faire son apparition, annoncé par mille couleurs brûlantes tout au long de l'horizon. Enfin, le soleil se libéra des ténèbres de la terre, et surgit au beau milieu de la ligne d'horizon, magnifique boule de feu prenant lentement, patiemment, son envol vers ces cieux qui avaient fait rêver Icare, et tant d'autres Hommes avant comme après lui. La passerelle était à présent baignée de chauds rayons en provenance de tribord, émissaires insaisissables de Phébus. Les lumières, inutiles, furent éteintes. Une nouvelle journée commençait à bord du SS John Bell, qui voguait paisiblement à quinze nœuds, cap au nord-est.

La discussion sur la base-ball battait son plein, depuis maintenant dix minutes, quand le jeune texan peu loquace se décida enfin à prononcer quelques mots. Qu'est-ce qu'il y a comme oiseaux, là bas ! Il n'avait jamais vu la mer avant son premier embarquement, il y avait quatre mois. Une telle concentration de volatiles l'interpelait, et, comme il parlait rarement, les hommes de quart accordèrent une certaine attention à un phénomène banal: sans doute ces oiseaux marins avaient-ils déniché une carcasse de baleine ou de phoque... Z'ont sûrement trouvé un animal mort, p'tit gars ! Tiens, regarde ! Jerry tendait à l'enseigne une paire de jumelles qu'il venait de sortir d'un rangement. Laissant sa pipe, le texan porta les jumelles à ses yeux, et rechercha ce qui avait attiré ces oiseaux... Ça ne ressemble pas à un animal, monsieur. Le bosco lui reprit les jumelles des mains, observant à son tour l'objet dérivant autour duquel les mouettes tournaient. Il fallait qu'il en ait le cœur net. Il rendit les jumelles au jeune enseigne, se saisit d'une des puissantes paires de jumelles utilisées d'ordinaire pour la navigation et la pointa sur... Dieu de dieu ! Commandant ! Commandant ! C'est un cadavre !

Le capitaine Bartow qui, jusqu'ici, somnolait, revint brutalement à lui. Je prend la manœuvre ! Timonier, barre à bâbord ! Machines, avant un tiers ! Paré à mettre à l'eau une chaloupe !

Le SS John Bell s'approchait à huit nœuds du cadavre, et bientôt, les hommes sur la passerelle distinguèrent d.'autres objets, entre deux eaux... D'autres cadavres, des morceaux de bois, du papier, de l'huile... Un macabre spectacle s'offrait à leurs yeux, dans la lumière vierge de l'aube.

Appelez le convoi ! Ordonna le commandant. Demandez quelle est leur position. Dites-leur que nous sommes tombés sur les restes d'un navire. Obtenez moi au moins un accusé de réception ! Colin percevrait à présent la peur dans sa voix. Se pouvait-il que ces cadavres soient ceux de l'équipage d'un des bâtiments de leur convoi ? Il décida de vérifier par lui-même, sans attendre les informations de la radio. Après quelques calculs...

Commandant, le convoi, s'il a suivi sa route, est passé à deux miles à l'est d'ici il y a quatre heures. Et d'après les vents, tous ces débris viennent de l'est, justement.

Le bosco blêmit. Le capitaine essayait de garder son calme, sans grand succès. Stoppez les machines ! Barre à tribord ! Repêchez moi un corps et quelques débris ! Et, bordel, que font-ils à la radio ?

À ce moment précis, le radio revint, annonçant au commandant qu'il n'avait pas réussi à entrer en contact avec les autres navires de leur convoi.

Mais qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? Trois navires qui ne répondent pas ? Merde, merde, merde ! Envoyez immédiatement un message à Rio ! Donnez notre position, rapportez la présence de débris et cadavres, et spécifiez bien que les autres navires ne répondent pas ! Bartow était en sueur, maintenant, nota Colin qui se demandait lui aussi ce qui s'était passé ici. Le capitaine sortit sur la passerelle, hurlant de l'extérieur aux hommes de quart. Bosco ! Rappelez aux postes de combat ! Recherchez des survivants !

La cloche retentit, et dans tout le navire les hommes se précipitèrent à leurs postes. Les canonniers coururent vers leurs pièces, relevèrent les affûts, vérifièrent l'approvisionnement des armes. Les mécaniciens foncèrent vers les machines, tandis que les officiers grimpaient quatre à quatre les marches menant à la passerelle. Le navire stoppa, et mit à l'eau une chaloupe qui se mit en quête de survivants. Il apparût bientôt que les uniformes des cadavres étaient ceux de la marine marchande américaine. Colin observait, médusé. Ici, un bidon flottait, là, un cadavre affreusement mutilé, quelques morceaux de bois... Il vit des oiseaux, à bâbord, qui déchiquetaient les chairs d'un cadavre flottant encore. Assez. Il allait vomir. Il se précipita à l'extérieur, se pencha par dessus le bastingage, et laissa son corps convulser, expulsant sans ménagements les restes de son petit déjeuner. Derrière Colin, les hommes sur la passerelle conversaient, cherchant à repérer un survivant vers lequel ils pourraient guides la chaloupe. Au milieu de ce capharnaüm, le radio annonça timidement au commandant qu'il avait bien transmis le message et que Rio envoyait immédiatement un avion en reconnaissance. Colin, au bout de quelques minutes, se sentait un peu mieux et se décida enfin à se redresser, tout en prenant bien garde de ne pas laisser son regard s'attarder sur les corps sans vie de ses compatriotes.

Sur la mer d'huile, il nota une petite vaguelette. Il écarquilla les yeux lorsque son cerveau traita enfin l'information. Il s'étrangla à demi alors qu'il se retournait vers la passerelle en hurlant Sous.... Sous... Sous-marinnnnnn !!!!

Immédiatement, le commandant Bartow réagit, donnant l'ordre aux canonniers de tirer à vue sur tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un périscope, et au timonier de mettre en avant toute. Le transmetteur d'ordres machines fut brutalement poussé de « zéro » à « pleine puissance ». Le SS John Bell commença a accélérer doucement. Trop doucement: c'était un cargo, il n'était pas conçu pour ce genre de sport. Plus bas, les hommes dans la salle des machines s'évertuaient à relancer les chaudières, mais cela prenait du temps.

Un canon de 76mm ouvrit le feu sur un objet aperçu à tribord. Les canonniers cherchaient fébrilement un objectif, mais il apparut rapidement que cette cible là n'était absolument pas un submersible. En revanche, là-bas, à près de huit cent mètres à bâbord... C'était bien un périscope !

Le canon ouvrit le feu de nouveau. Trop court. Les hommes rechargeaient aussi vite qu'ils le pouvaient. Leur vie en dépendait. Sur la passerelle, le capitaine, constatant que son navire n'accélérait pas assez vite, ordonna de virer de bord pour éviter de présenter son flanc. Mais la vitesse de 5 nœuds était à peine suffisante pour que le gouvernail soit efficace, et le SS John Bell amorça paresseusement un virage à tribord.

Les canonniers essayaient de régler leur tir comme ils le pouvaient, mais c'était la première fois qu'ils ouvraient le feu sur un objectif réel. Enfin, le cargo réussit à reprendre un peu de vitesse. Tant pis pour les hommes dans la chaloupe, on les repêcherait plus tard. Sur la passerelle, le jeune timonier avait les yeux fixés sur le loch. 7 nœuds. 8 nœuds. Ça y était, le navire tournait. Tribord toute ! Hurla le commandant, mais le timonier l'avait déjà devancé. Le submersible repéré était très probablement hostile, et il devait se préparer à les attaquer lorsqu'ils l'avaient aperçus. Par conséquent, il fallait manœuvrer avant que...

Torpille à l'eau ! Hurla une vigie. Torpille à l'eau, par bâbord arrière !

Le capitaine ne pouvait rien faire de plus... Rate nous, saloperie ! Pensaient en silence tous les hommes du bord. Le timonier jeta un dernier coup d'œil au loch. Dix nœuds.

Jerry, le bosco, était à l'extérieur, sur la passerelle volante, et suivait des yeux le sillage de la torpille.Je la vois ! Elle arrive ! Elle arrive ! Elle dévie ! Je crois qu'elle va manquer... Oui ! Elle va passer à bâbord !

Soupir de soulagement général sur la passerelle. La torpille les avait manqués. Le bosco la suivit des yeux alors qu'elle les dépassait, trente mètres à bâbord.
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Les loups sont dans la bergerie Empty Re: Les loups sont dans la bergerie

le Mer 30 Nov 2011, 23:23
[suite de l'épisode précédent]


On a eu chaud les gars ! Commenta succinctement Bartow avec un faible sourire. Radio ! Envoyez immédiatement un message à Rio: sommes attaqués par submersible hostile. Demandons soutien aérien. Et dites-leur d'envoyer des navires rechercher les survivants !

L'homme disparut à l'arrière. Tout le monde commençait à peine à se remettre de ses émotions, alors que le navire poursuivait son virage, à maintenant plus de douze nœuds. Les canonniers avaient perdu leur objectif, avec toute cette excitation, et scrutaient la mer, un kilomètre sur l'arrière.

Personne ne la vit arriver. Le U-boat avait lancé une paire de torpilles, à quatre secondes d'intervalle: si la première, une G7a, était facilement repérable grâce à la longue trainée de bulles qu'elle laissait derrière elle, la deuxième, une G7e/T3 n'avait pas été détectée, et pour cause: les deux hélices contrarotatives étaient mues par des batteries. Elle allait un peu moins vite que la G7a, mais elle était virtuellement indétectable. Elle filait à vingt-huit nœuds, 3 mètres sous la surface de l'océan, lorsque son détecteur d'anomalie magnétique enregistra une importante variation, peut-être la coque d'un navire. En quelques centièmes de secondes, la mise à feu fut commandée et la charge explosive, composée de 280kg d'hexanite, détonna. L'onde de choc se propagea à plus de 1000m/s et ne tarda pas à rencontrer un corps solide. La coque du SS John Bell fut soumise en quelques dixièmes de secondes à une colossale variation de pression. En plusieurs endroits, les tôles de 2cm d'épaisseur se rompirent, et l'eau s'engouffra avec violence par les brèches dans la carène du navire.

Colin se releva péniblement, et embrassa la passerelle du regard. Tous les hommes présents étaient tombés, et cherchaient à se remettre debout, interloqués. Que diable s'était-il passé ? Le timonier fit remarquer que la vitesse chutait. Les machines s'étaient probablement mises en arrêt d'urgence suite au choc.

Les rapports d'avarie arrivèrent ensuite, les uns après les autres. Voie d'eau dans la cale IV ! La cale V est inondée ! Les réservoirs sont crevés ! Voies d'eau à tribord dans la salle des machines ! Plusieurs blessés à l'arrière !

Les loups sont dans la bergerie Water-Liberty-ship-drawing

Le commandant Bartow, qui s'était entaillé le front en tombant et saignait abondamment, donna ses ordres: noyer les ballasts et les soutes à carburant à la proue, afin d'éviter que le navire ne se brise en deux, maitriser les voies d'eau dans la salle des machines et dans la cale IV, évacuer les canonniers de la poupe. Les hommes se précipitèrent pour tenter de sauver leur navire. Nul ne le savait, mais c'était déjà trop tard. En explosant, la torpille avait créé une onde de choc engendrant une surpression immédiatement suivie d'une forte dépression, qui avait fragilisé la quille au niveau de la cale V. Les brèches dans la coque s'étendaient jusqu'à la salle des machines, sur tout le le flanc tribord. Le John Bell ne naviguerait plus jamais. Déjà, il commençait doucement à gîter.

Et, à mille mètres de là, perché cinquante centimètres au dessus des flots, un œil unique observait les résultats de son œuvre.

Il a l'air salement amoché, mein Kaleut. Je crois qu'on lui a brisé les reins. Observa avec un bref sourire l'1WO, ou commandant en second.

Ja. Mais il a dû appeler ses copains à la rescousse, et je ne veux pas m'attarder ici. On l'achève. Le Kapitän zur See se retourna vers son équipe, massée dans l'exigu central du U-995. Paré à lancer tube deux ! Cible marchand endommagé au 225 ! Distance cible... 900 mètres. Réglez immersion à deux mètres, détonation au contact.

L'équipage se mit au travail, et quelques secondes plus tard, l'officier torpilleur rapporta à son commandant: Tube deux en eau, mein Käleunt.

Équilibrez le deux et ouvrez-le ! Glapit le second sèchement, tandis que le commandant effectuait un tour d'horizon, penché sur le périscope, s'assurant qu'aucun avion ou navire n'approchait.

Prêt au tir ! Annonça l'officier torpilleur.
Paré à faire feu, mein käleut ! Répercuta l'1WO.

Rall ramena la cible au centre de l'objectif, ajusta le grossissement et observa un bref instant le cargo camouflé, qui était stoppé à présent. Dix degrés de gîte, au moins, et il s'enfonce légèrement de l'arrière, très bien. Dommage de devoir gaspiller une torpille sur cet éclopé.

Tube deux ! Feuer !
Mise à feu tube deux. Démarrage torp... Un grondement assourdissant couvrit le son de la voix du torpilleur, tandis que les 1 500kg de la grosse G7a étaient expulsés du tube par une charge d'air comprimé.

C'est bon, j'ai un démarrage torpille. Avertit le sonar.

L'1WO avait à la main son chronomètre. 900 mètres à 40 nœuds, un peu plus de 40 secondes normalement. Le käleunt Rall, lui, n'avait pas quitté le périscope.

40 seconde. Annonça l'1WO. 45 secondes.

Impact ! Impact torpille. Observa froidement le commandant, qui n'avait pas bougé d'un poil.

Sonar, nous confirmons détonation de la torpille, commandant.

Rall jeta un dernier coup d'œil au cargo. La torpille l'avait pris par tribord, un peu en avant de la superstructure. La gîte augmentait à vue d'œil. Déjà plus de vingt-cinq degrés. Des hommes courraient sur le pont, comme des fourmis cherchant à échapper à un prédateur.

Temps de partir. Il se redressa, et claqua les poignées du périscope. Baissez péri ! En avant un tiers, descendre à 20, cap au 190. 1WO, à vous le quart. Je vais piquer un somme, réveillez moi dans quatre heures.
Le U-995 prit aussitôt quinze degrés d'assiette tandis que le commandant disparaissait déjà dans sa cabine.

Colin reprit conscience une heure plus tard. Il ne savait pas très bien comment il était arrivé là. Mais il était vivant, c'était l'essentiel. Vingt-quatre hommes s'en étaient tirés, s'entassant tant bien que mal sur la chaloupe et sur un petit canot de sauvetage. Ils perdirent la notion du temps. Ils manquaient de vivres, d'eau, et certains commençaient à perdre la raison. Deux jours et cinq heures après que le SS. John Bell eut entamé son ultime voyage vers les abysses, les survivants furent repérés par un hydravion Catalina, puis repêchés par un destroyer classe Para brésilien. Entre-temps, trois des rescapés avaient succombé, des suites de leurs blessures et des privations. Arrivé à Rio, la première chose que fit Colin fut d'envoyer un télégramme à sa famille. VAIS BIEN. A TERRE POUR UN MOMENT. TENDRESSES.
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